La nuit tomba plus vite que d'habitude. Les passants, étonnés, la rattrapèrent tant bien que mal ; et il n'y eu finalement que peu de blessés, outre un vieux-vieux qui en reçut un morceau particulièrement lourd sur la tête. Par un procédé sophistiqué, les lampadaires semés le long des trottoirs furent allumés, de manière à ce que la grande aiguille de l'horloge le la mairie ai le temps de faire deux tours un quart avant qu'ils ne fonctionnent tous. Cela permettait à l'employé municipal désigné ( il courrait le long de la rangée ) de réprimander les éventuels récalcitrants. A un septante-cinquième mètre de là, un parc jouissait d'un ultime rayon de soleil endormi. Des volatiles picolaient des gouttes de pain de vie qu'une vieille-vieille répartissait sur les cailloux. Tout près de ces bons vivants et presque morte, un garçon écoutait une fille parler. Il y avait du parfum de framboise et un alcool doux dans ses paroles. Le garçon lui répondait par des pirouettes et glissades, et la fille applaudissait son éloquence. Le rayon de soleil se réveilla en entendant les acclamations, ramassa son jupon, et rejoignit rapidement le coté opposé de ce monde. Alors le parc fut plongé dans une presque obscurité, et c'est ce qui permit aux badauds de respirer quand même. Ils rejoignirent tous les rues électrifiées excepté la vieille-vieille qui s'était endormie sur son banc, recouverte par ses sacs vides qui, d'un naturel affectueux, la suivaient partout afin qu'elle n'attrape pas de rhumes ; proies très fréquentes les nuits fraiches, facilement reconnaissable grâce à leurs grandes capuches jaunâtres. Puisque la nuit s'était dépêchée, les montres durent accélérer leur course afin de ne pas prendre de retard, et il fût très vite minuit. Les épiciers, déconcertés, ouvrirent donc leurs magasins qui, fatigués, baillaient à chaque fois qu'un potentiel client entrait. Le garçon sortit de l'un d'entre eux, un paquet de bonbons au sucre dans la main. Il portait un pardessus violet qui paraissait parfois vert sous la lumière des lampes artificielles, avec des rayures jaunes qui lui tombaient sur les pieds, nus. Son visage était pourvu d'un nez et d'une bouche avec de grands yeux noirs qu'il gardait la plupart du temps ouvert, et ses cheveux étaient couleur d'eau propre. Il rejoignit la fille qui l'attendait un peu plus loin, jouant avec un rat lettré, qui s'enfuit en voyant l'autre grand arriver. Elle était agréable à regarder car il la trouvait jolie, avec ses cheveux bleutés et son regard pétrolé, ses grandes jambes qu'on devinait sous sa robe jaune, serrée à la taille par un fil de coton noir, et ses mains torsadées. Les deux s'éloignèrent un peu.
Plus tard, ce fût le matin.